Causerie avec nos auteurs : Sara Danièle Michaud

Notification :  Causerie avec nos auteurs 

Sara Danièle Michaud avec Mirella Tarmure Vadean, directrice de la Collection Notifications.

  À l’occasion de la 42e édition du Salon du livre de Montréal, qui a eu lieu à la Place Bonaventure du 20 au 25 novembre, nous avons rencontré nos auteurs au stand des Éditions Hashtag pour une petite causerie autour du sens donné à leur pratique artistique, manifestée dans les essais publiées dans notre collection. 

[Mirella Vadean – directrice de la collection des essais Notifications des Éditions Hashtag]

Sara-Danièle tu es, entre autres, auteure de l’essai Écrire, se convertir paru aux Éditions Hashtag dans la collection Notifications, en 2018. Je dis, entre autres, car tu es aussi auteure de l’étude Cioran ou les vestiges du sacré, paru chez XYZ en 2013.

Ce fut pour moi un grand bonheur d’éditer l’essai Écrire se convertir dont le sujet t’a occupé comme postdoctorante et qui s’inscrit d’ailleurs dans le fil de tes recherches dédiées à étudier la littérature comme phénomène spirituel. Tu es professeure au Cégep à présent et tu continues écrire. J’aimerais bien t’entendre sur quelques aspects liés à l’importance et la pratique de l’écriture, notamment de l’essai.

Q1 (MV) Quelle est la part du questionnement personnel dans le savoir de la Conversion dans cet essai. « Combien »  es-tu là ? 

R1 (SDB) J’aime le mot “combien” dans ta question. J’aime l’idée farfelue de quantifier sa présence dans un livre, dans une question qu’on creuse. Mais, je ne suis pas dans le langage des chiffres, alors je dirais simplement que je suis entièrement dans la question que pose mon livre, moins dans l’expérience qui est de l’ordre de la quête pour moi, et que j’interroge à travers d’autres auteurs. En essayant de penser comment les choses s’articulent entre la conversion, la dramatisation et l’écriture, il s’est créé une sorte de trinité où je me retrouve. Mon premier essai portait sur le sacré, celui-ci sur la conversion. Et si je continue d’écrire sur ces sujets, c’est que je ne trouve pas de réponse.

Q2 (MV) J’aimerais explorer un peu avec toi la perspective du lecteur d’essai. Adorno l’avait dit, Benjamin l’avait confirmé, plus tard Macé l’avait rappelé à son tour : l’essai importe autant que le roman à nos vies, à nos affects, à nos conduites. Pourtant on ne lit pas un essai comme un roman. L’attitude du lecteur diffère: on lit souvent crayon à la main, on souligne, on extrait, on lève la tête (comme disait Barthes). On n’est pas médusés ou épris comme dans le cas du lecteur de romans. Finalement, du point de vue de la lecture il s’agirait bien de la disposition. Comment t’imagines-tu tes lecteurs en parcourant la Conversion ? 

R2 (SDB) C’est une belle question. On ne parle pas assez de la lecture, je trouve. Pas de ce qu’on lit, mais plutôt de comment on lit. Je ne peux que me référer à ma propre posture de lectrice. J’ai retrouvé le luxe de ne pas lire parce que je suis obligée (comme quand on est aux études), mais parce que j’ai envie. Donc je choisis. Ça me donne l’impression que les essais que je lis sont écrits pour moi, pour répondre à une quête que j’ai. Quand un texte me parle, je souligne, je lève la tête, je note dans un carnet des phrases et ce qu’elles me donnent à penser. Il y a toujours un va-et-vient entre lecture et écriture. Donc lire, c’est aussi écrire. Il y a deux dispositions importantes dans la lecture: lever la tête et prendre un crayon pour écrire à son tour. Et c’est toute la quête de la conversion qui se met en branle pour moi dans ces dispositions de la lecture. Un essai nous projette dans la pensée, alors c’est un peu comme ça que j’imagine les lecteurs de mon livre.

Q3 (MV) J’aimerais beaucoup avoir ton opinion (d’écrivaine et de professeure, car tu enseignes aussi depuis bon nombre d’années déjà), j’aimerais avoir ton opinion au sujet de la manière de faire essai. Selon toi, peut-on user de l’essai comme véhicule de transmission de savoir ? Bruno Vercier affirme par exemple que l’essai n’assume pas la transmission du savoir, mais sa « mise en scène », l’essai serait plutôt donc de l’ordre de la théâtralisation du savoir … Je te pose cette question, car dans ton essai tu parles du phénomène de dramatisation

R3 (SDB) Je crois qu’il y a deux grands types d’essais. Il y a les essais produits dans un contexte académique qui visent la transmission d’un savoir ou qui parfois, tristement, répondent simplement à l’injonction “publish or perish” qui correspond au climat actuel à l’université. Même si j’ai trainé longtemps à l’université, ça ne m’a jamais intéressée d’écrire comme ça. Je préfère être dans la pensée et pour moi, ça n’implique pas de maitriser, mais plutôt de chercher. Et quand on est investi dans une quête, ça ne se passe pas d’une forme de dramatisation, de mise en scène. Parce qu’on interroge un sujet en laissant des traces de soi partout.

Q4 (MV) Peux-tu dire que cet essai a répondu à une « nécessité intérieure » pour dire comme Kandinsky ?

R4 (SDB) Je pense que toutes les réponses que j’ai données à tes questions précédentes étaient peut-être, au fond, destinées à cette question. Oui, mon essai répondait à une nécessité intérieure. Mais cette nécessité est encore là, donc j’écris encore.

Sara Danièle, je te remercie pour avoir pris le temps de partager avec nous ces réflexions fort intéressantes et je te souhaite bonne et abondante inspiration pour tes projets et ouvrages à venir.

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