Les beaux jours du rouleau compresseur d’Émélie Provost dans Le Sanctuaire de la culture

Les beaux jours du rouleau compresseur d’Émélie Provost

10 Août 2019|

Publié par Nathasha Pemba

Quand on a fini de lire ce recueil, deux réalités retiennent notre attention : l’autodérision et l’espoir… C’est un peu surnaturel c’est vrai, mais  au niveau du bien-être personnel, l’espoir permet de tenir et d’avancer parce qu’il donne du tonus à l’ambition en transcendant la routine. La vie est toujours à parfaire.

De l’autodérision est nécessaire parfois pour se rendre compte de ce que l’on est ou de ce que l’on est devenu dans une vie machinale où on finit par manquer de dynamisme ; une vie où on préfère subir.

Sans dictat, Émélie provost invite à une auto prise de conscience. Elle porte un regard vrai sur le quotidien de notre vie, sur nos habitudes et sur notre manque d’effort de création ou d’initiatives.

Images simples certes, mais images fortes qui font réfléchir…

La poésie…

Quand j’ouvre le recueil d’Émélie Provost, je me sens dans la réalité, dans ce qu’il y a de plus concret dans l’existence. Les premiers vers commencent par :

tout commence par

ta mère

debout sur une chaise

les bras pendus

s’a corde à linge

Une poésie, on pourrait dire, hors les murs et c’est là où se situent toute son originalité et finalement sa particularité. C’est un recueil ancré dans la réalité quotidienne de chacun et chacune d’entre nous, ce lieu commun propice à toute humanité et à toute réalité.

tes souvenirs d’enfance

les laisser tremper

dans l’eau d’Javel

L’attachement, on pourrait dire de l’auteure, à ces éléments du réel et de la vie quotidienne illustre le message qu’elle porte. Elle se pose la question sur la situation de chacun de nous dans la nonchalante aisance quotidienne, dans la routine ou encore dans l’inutilité pourtant utile voire nécessaire des actes de l’existence:

chaque jour ouvrable de la semaine

tes collègues en 2D

35h par semaine

de formules d’usage

de sourires forcés

Le rapport à l’autre fait aussi partie du menu. Ceux avec qui nous rions, ceux qui ne disent rien, qui se taisent mais qui savent tout de vous, de vos mouvements, de vos paniers d’achat… ceux qui épient et qui semblent vous ignorer alors que votre vie leur donne de quoi raconter.

Provost touche les vrais lieux de vie et, par là, montre, à travers, sa poésie que ces vrais lieux sont universels. Il ne s’agit pas seulement de Bourassa, de Québec, du Québec, du Canada ou de l’Amérique du nord, mais du monde, et donc de l’humanité.

Provost emboîte le pas à Pavese qui dans Le métier de vivreparlait déjà de ce quotidien-là : « Toutes mes images ne seraient-elles pas autres choses que d’ingénieuses variations sur cette image fondamentale : tel mon pays, tel je suis ? »

Vivre… garder l’espoir, devenir sujet et non point demeurer objet. Voilà ce à quoi nous invite l’auteure.

Si Provost m’a fait penser à Pavese, elle m’a aussi rappelé Le ciel à gagner de David Ménard[1].

Ce recueil est à mettre dans notre valise… au chevet de notre lit ou bien… dans notre poche (le format s’y prête). Bonne découverte.

Nathasha Pemba

http://lesanctuairedepenelope.org/2019/08/les-beaux-jours-du-rouleau-compresseur-d-emelie-provost.html?fbclid=IwAR3wEcCWlNA80VwOBZPXPlgj3xll-OUCZIQjktu6iO_QiPYfEk1sgU6zmbs

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