Ulysse ou le littéraire entre affect et raison, dans Sens public, par Louis-Thomas Leguerrier.

Louis-Thomas Leguerrier dans Sens public, sur son essai paru chez #Hashtag, Collection Notifications. « À partir de la figure du « juifgrec » mise en scène par James Joyce et Benjamin Fondane, le retour d’Ulysse au XXe siècle est interprété à la lumière de sa capacité à incarner la tension entre judaïsme et hellénisme au sein de la culture occidentale. Dans cette optique, le rapport de force entre affect et raison devient le rapport de force entre foi et savoir, entre les prophètes de la Bible judaïque et les philosophes d’Athènes. Alors qu’au XXe siècle, l’exacerbation de la tension entre hellénisme et judaïsme culmine dans la catastrophe au cours de laquelle les héritiers autoproclamés d’Athènes entreprennent de supprimer les héritiers de Jérusalem, la figure d’Ulysse met en scène de manière dramatique la manière dont le rapport de force entre affect et raison débouche sur la persécution des affects par la raison. »

http://www.sens-public.org/article1384.html?fbclid=IwAR1HPfRkXlaFwHn0tFJ47paN7uxVSQq02B4XvAziZ9AiPlZiLlnuC4ZC2Vc&lang=fr

Une capsule temporelle, chronique signée par Alina Dumitrescu dans La Recrue, Feb 22, 2019

La création de la maison d’édition Hashtag m’as prise par surprise. J’ai été intriguée par la ‘déclaration de principe’ qui dit, entre autres :

Hashtag est une maison d’édition qui se propose d’être plus un mode de lecture qu’un ensemble canonique de textes. Fidèle au concept de littérature mondiale, Hashtag s’intéresse principalement aux ouvrages littéraires qui circulent au-delà de leur culture et leur langue d’origine.

J’ai assisté à la soirée de lancement de cette maison d’édition et je suis encore sous le charme, quelques mois après : des voix vibrantes, originales. Sur cette lancée, j’ai fait la lecture de L’apprentissage du silence de Miruna Tarcau.

Esprit cosmopolite elle-même, l’auteure met en scène un couple cosmopolite par nécessité.

Élisabeth et David ne vieillissent pas. Pour ce couple, le temps s’écoule à reculons sur fond d’effritement de la mémoire du vingtième siècle.

Dona Loca répétait qu’il n’y avait rien de stable et qu’aucun événement n’était irréversible. Le temps s’était détraqué. Les révolutions tournaient à vide. On parlait de progrès en reculant à grands pas. Les fantômes du passé étaient si près de nous qu’on pouvait sentir peser leur souffle froid sur notre nuque collective. La guerre approchait à l’horizon, entraînant à sa suite l’oubli et le silence.

Il s’agit d’un couple prototype, à l’image d’Adam et Ève, couple dépositaire de l’expérience cristallisée du monde. Ce couple protéiforme voyage non seulement entre les quartiers, les villes et les pays, mais aussi entre les époques, les allégeances politiques et les strates sociales.

L’originalité du livre L’apprentissage du silence consiste dans la quête identitaire et existentielle d’Élisabeth et David, dont on ne connaît pas les origines. Cette non connaissance des origines permet tout fantasme et toute transgression.

Les liens qui les unissaient l’un à l’autre ressemblaient au sentiment qu’on éprouve face au temps qui s’écoule. Elle avait presque envie de dire qu’ils avaient besoin l’un de l’autre pour se rappeler perpétuellement ce qu’ils n’étaient pas.

Les faits historiques énoncés ou évoqués sont précis et dénotent l’intime connaissance de l’histoire mondiale et la merveilleuse capacité analytique et associative que possède l’auteure. Ce qui fait dire à madame Felicia Mihali, la directrice des Editions Hashtag, écrivaine et historienne de formation, lors d’un midi-conférence à McGill, le 30 janvier dernier, que « nous tenons ici un grand livre ».

Le style d’écriture est fluide, quoique dense. L’utilisation d’expressions dans des langues autres que le français est toujours justifiée et ajoute à l’atmosphère décalée du livre, sans alourdir la lecture. Le silence et le non-dit sont en soi d’autres langages.

Et puis, il y a l’humour! L’impression générale après lecture est d’avoir ouvert une capsule temporelle qui m’était destinée à moitié, l’autre moitié servant à effacer les traces et à brouiller les pistes.

Je salue la parution de L’apprentissage du silence, livre à déguster et à méditer. Et à relire.

L’apprentissage du silence
Miruna Tarcau
Éditions Hashtag, 2018

https://larecrue.org/lapprentissage-du-silence-miruna-tarcau-b79f7a64611a?fbclid=IwAR3eh8gHuKmom8MwD4PVGdXLqqURF8Sb4TJkFHBKPsNaiT4hjLcxd174Z_U

En vente à la Librairie de l’Université de Montréal au rayon #Essais critiques: « Écrire. Se Convertir », signé par Sara Danièle Michaud dans la collection Notifications des Éditions Hashtag

L’envers de l’Histoire, par Alice Gueldyeva, dans Le Délit du 5 février 2019.

Retrouvez l’œuvre marquante de la semaine : L’apprentissage du silence.

« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », écrivait Héraclite au sujet du changement perpétuel du monde que le temps provoque, à la manière d’une force divine. Cela présuppose, bien sûr, que le temps est unidirectionnel puisqu’il achève des séries d’actions, de mouvements qui ne connaîtront jamais de retour en arrière. Que se passerait-il, cependant, si le temps passait à rebours? Si, en plus de l’expérience de la baignade dans le « même » fleuve, on revivait la chute de la Yougoslavie, l’élection de Juan Perón en Argentine ou la sanglante révolution haïtienne ?

Cette curieuse chronologie « à l’envers » est ce qui fait avancer l’intrigue du roman L’apprentissage du silence, nouvellement paru dans les éditions Hashtag, œuvre de la jeune autrice montréalaise Miruna Tarcau. Dans le théâtre français classique, il était d’usage que l’action se déroule dans un cadre temporel précis, soit celui des vingt-quatre heures. Le célèbre homme de lettres du 17e siècle Boileau avait d’ailleurs écrit à ce sujet dans son Art Poétique : « Qu’en un lieu, en un jour, un seul fait accompli tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli. » Nous sommes bien loin d’une telle pensée puisque l’autrice rompt brillamment avec l’idée même d’une chronologie continue. Les protagonistes, David et Élisabeth, ne cessent de se redécouvrir au fil de périodes temporelles qui, elles, reculent dans la chronologie et ressemblent toujours un peu moins à notre 21e siècle.

Ce procédé, connu en littérature sous le nom d’« analepse », qualifie le retour en arrière d’une action précise, d’une période bien délimitée dans la chronologie du récit. C’est par ailleurs une idée que l’on retrouve aussi dans le domaine du cinéma, sous un nom plus célèbre cette fois-ci : le flash-back. Il se trouve ainsi que, parmi les éléments frappants auxquels fait face le.a lecteur.rice de L’apprentissage du silence, se démarquent la souplesse et l’aisance avec laquelle la jeune autrice est parvenue, de fil en aiguille, à tricoter une narration peu commune.

Une autre composante qui contribue à rendre ce roman si particulier est la plume toujours changeante de la voix narratrice, empreinte des accents et expressions locales qu’apporte chaque voyage. La citation suivante, tirée de leur escapade en Argentine et précédant leur déménagement en Yougoslavie, le montre bien : « À présent, rien ne lui semblait plus curieux que de se répéter qu’ils avaient vécu à Westmount, que jadis, elle passait ses journées à se gaver du fromage à la crème avec la petite Boudeuse, avec la grande Boudeuse et d’autres troias emputecidas qui n’avaient pas leur pareil pour faire mine d’être tristes quand on avait perdu un enfant. »

La narration revêt également, bien sûr, le manteau de son époque, puisque tel semble être le thème principal du roman. Les dernières phrases, tirées d’une correspondance épistolaire entre Élisabeth et David, en témoignent : « À défaut d’avoir le courage de te dire adieu, je prétendrai qu’il ne s’agit que d’un au revoir. Veux-tu donc que l’on se quitte sur une promesse? Disons seulement que le premier d’entre nous qui reverra Lili s’engage à l’embrasser de la part de l’autre. »

Dans L’apprentissage du silence, les personnages se cherchent dans le passé, emmenant avec eux le lecteur dans leur périple au fil des époques, le tout rédigé avec l’ironie la plus légère et insouciante ainsi qu’un humour poignant. Une œuvre qui sied à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin aux rapports que l’on entretient avec notre Histoire.

Forum de réflexion sur le rôle de la métropole dans l’avenir du français


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