Rentrée littéraire – automne 2019

4 livres surprenants et différents, toujours choisis dans l’optique de promouvoir une littérature-monde ouverte sur la diversité et l’universalité.

 

Nous commençons notre deuxième année avec 4 livres surprenants et différents, toujours choisis dans l’optique de promouvoir une littérature-monde ouverte sur la diversité et l’universalité.
Nous vous présentons avec fierté notre rentrée littéraire automne 2019:

-J I L A M O S S A E D
LE CŒUR DEMEURE DANS LE BERCEAU
SEPTEMBRE 2019

-F E L I C I A M I H A L I
LE TAROT DE CHEFFERSVILLE
SEPTEMBRE 2019

-N A S S I R A B E L L O U L A
J’AI OUBLIÉ D’ÊTRE SAGAN
OCTOBRE 2019

-L A U R E N C E C A R O N – C A S T O N G U A Y
LA MORT HABITE ICI
NOVEMBRE 2019

France Lapierre vous recommande David Demchuk sur http://lecturederichard.over-blog.com/

« Je vous recommande L’usine de porcelaine Grazyn pour la qualité d’écriture de David Demchuk et l’incursion qu’il nous propose aux confins de l’âme humaine. Vous serez partagés entre la fascination et la répulsion !

« Vous serez partagés entre la fascination et la répulsion ! » L’usine de porcelaine Grazyn, dans la lecture de France Lapierre

Prenez dans vos mains un objet de porcelaine. Sa fragilité et sa beauté évoquent un monde de douceur, d’esthétisme et de raffinement.

Quelle méprise ! Après avoir lu L’usine de porcelaine Grazyn, vous n’aurez plus cette certitude.

Les dés de porcelaine de cette manufacture sont à ce point reconnus pour leur qualité exceptionnelle que la tsarine elle-même en aurait possédé un. Les employés des Grazyn bénéficient d’avantages remarquables, en comparaison avec leurs compatriotes, en butte à la famine et à la guerre.  Ils sont logés, nourris, éduqués. En retour, l’usine s’approprie leur dépouille à leur mort et utilise leurs os pour en faire de la pâte de porcelaine. Le malaise s’installe : comment ne pas penser aux fours crématoires ?

« Nous étions tous élevés et nourris et soignés pour devenir des os. »

Et puis, nous rencontrons des mères guérisseuses qui voient à travers les gens et sont de véritables veuves noires.  L’horreur distillée est efficace, car elle s’abreuve aux peurs et angoisses du folklore slave (Ukraine et Roumanie) et elle enfreint de nombreux tabous.

Dans ce recueil, l’auteur précède chaque texte d’une photo tirée de l’œuvre du roumain Costica Acsinte. Chacune de ces photos est l’image d’une personne réelle, ce qui, à mon avis, trouble encore plus l’imaginaire du lecteur.

Bien que les histoires soient monstrueuses et que les âmes sensibles pourraient être dérangées, je vous recommande L’usine de porcelaine Grazyn pour la qualité d’écriture de David Demchuk et l’incursion qu’il nous propose aux confins de l’âme humaine. Vous serez partagés entre la fascination et la répulsion !

Bonne lecture !

L’usine de porcelaine Grazyn

David Demchuk

Trad. de l’anglais par Felicia Mihali.

Editions Hashtag

2019

http://lecturederichard.over-blog.com/?fbclid=IwAR0nas8FzsnMjpIMBBb-L5e1Avwobk7qnAQGo5UUEN1NGi2–ipftnFrbTo

Les beaux jours du rouleau compresseur d’Émélie Provost dans Le Sanctuaire de la culture

Les beaux jours du rouleau compresseur d’Émélie Provost

10 Août 2019|

Publié par Nathasha Pemba

Quand on a fini de lire ce recueil, deux réalités retiennent notre attention : l’autodérision et l’espoir… C’est un peu surnaturel c’est vrai, mais  au niveau du bien-être personnel, l’espoir permet de tenir et d’avancer parce qu’il donne du tonus à l’ambition en transcendant la routine. La vie est toujours à parfaire.

De l’autodérision est nécessaire parfois pour se rendre compte de ce que l’on est ou de ce que l’on est devenu dans une vie machinale où on finit par manquer de dynamisme ; une vie où on préfère subir.

Sans dictat, Émélie provost invite à une auto prise de conscience. Elle porte un regard vrai sur le quotidien de notre vie, sur nos habitudes et sur notre manque d’effort de création ou d’initiatives.

Images simples certes, mais images fortes qui font réfléchir…

La poésie…

Quand j’ouvre le recueil d’Émélie Provost, je me sens dans la réalité, dans ce qu’il y a de plus concret dans l’existence. Les premiers vers commencent par :

tout commence par

ta mère

debout sur une chaise

les bras pendus

s’a corde à linge

Une poésie, on pourrait dire, hors les murs et c’est là où se situent toute son originalité et finalement sa particularité. C’est un recueil ancré dans la réalité quotidienne de chacun et chacune d’entre nous, ce lieu commun propice à toute humanité et à toute réalité.

tes souvenirs d’enfance

les laisser tremper

dans l’eau d’Javel

L’attachement, on pourrait dire de l’auteure, à ces éléments du réel et de la vie quotidienne illustre le message qu’elle porte. Elle se pose la question sur la situation de chacun de nous dans la nonchalante aisance quotidienne, dans la routine ou encore dans l’inutilité pourtant utile voire nécessaire des actes de l’existence:

chaque jour ouvrable de la semaine

tes collègues en 2D

35h par semaine

de formules d’usage

de sourires forcés

Le rapport à l’autre fait aussi partie du menu. Ceux avec qui nous rions, ceux qui ne disent rien, qui se taisent mais qui savent tout de vous, de vos mouvements, de vos paniers d’achat… ceux qui épient et qui semblent vous ignorer alors que votre vie leur donne de quoi raconter.

Provost touche les vrais lieux de vie et, par là, montre, à travers, sa poésie que ces vrais lieux sont universels. Il ne s’agit pas seulement de Bourassa, de Québec, du Québec, du Canada ou de l’Amérique du nord, mais du monde, et donc de l’humanité.

Provost emboîte le pas à Pavese qui dans Le métier de vivreparlait déjà de ce quotidien-là : « Toutes mes images ne seraient-elles pas autres choses que d’ingénieuses variations sur cette image fondamentale : tel mon pays, tel je suis ? »

Vivre… garder l’espoir, devenir sujet et non point demeurer objet. Voilà ce à quoi nous invite l’auteure.

Si Provost m’a fait penser à Pavese, elle m’a aussi rappelé Le ciel à gagner de David Ménard[1].

Ce recueil est à mettre dans notre valise… au chevet de notre lit ou bien… dans notre poche (le format s’y prête). Bonne découverte.

Nathasha Pemba

http://lesanctuairedepenelope.org/2019/08/les-beaux-jours-du-rouleau-compresseur-d-emelie-provost.html?fbclid=IwAR3wEcCWlNA80VwOBZPXPlgj3xll-OUCZIQjktu6iO_QiPYfEk1sgU6zmbs

Entretien avec Félicia Mihali, directrice des Éditions Hashtag

Entretien avec Félicia Mihali, directrice des Éditions Hashtag

15 Octobre 2018, 03:20am|

Publié par Nathasha Pemba

-Bonjour Félicia, pouvez-vous nous présenter à nos lecteurs ? Qui êtes vous ? Quel est votre parcours ? Le public des Éditions Hashtag ?

Née en Roumanie, je vis au Québec depuis 18 ans. J’ai commencé à écrire en roumain, ensuite j’ai renoncé à ma langue maternelle pour passer à la création en français et en anglais. Jusqu’à présent, j’ai publié neuf romans en français et deux en anglais, avecÉditions XYZ, respectivementLinda Leith Publishing. En parallèle, je me suis aussi consacrée au journalisme, en tant qu’éditeur en chef du magazine Terra Nova, et à l’enseignement du français et de l’histoire. Présentement, je relève un nouveau défi, celui d’éditrice, avec une maison d’édition que j’ai fondée avec une équipe formée de collègues et d’amis littéraires.

On vous connaît comme auteure, aujourd’hui vous êtes éditrice, comment fait-on pour passer d’auteure à éditrice ?

Je suis encore à mes débuts comme éditrice et cela peut être une bonne et une mauvaise chose en même temps. Le bon côté est le fait que, en tant que lectrice avisée, je demande aux autres ce que j’omets de faire comme écrivain. Comme écrivain, on est souvent désordonné avec nos idées et la manière de les exprimer, on fait des concessions aux longueurs inexpressives qui embourbent l’action. Comme éditeur, on apprend à couper dans le gras sans pitié. Et ceux qui ne veulent pas accepter cette manière impitoyable de travailler le texte ne peuvent pas publier chez Hashtag.  Le côté moins glamour est que ce travail dévore tout mon temps. J’ai le sentiment que pour les quelques années à venir, je vais pouvoir me consacrer moins à mes propre projets littéraires. J’espère toutefois que cette expérience sera des plus enrichissantes, et qu’elle va m’aider à devenir un meilleur écrivain. 

Pourquoi êtes-vous devenue éditrice ? En quoi consiste le métier d’éditeur ?

Mon initiative est partie d’un état de mécontentement quant à la production littéraire québécoise et canadienne dans le sens large. Malgré notre grande ouverture spirituelle vers le monde, en matière de culture nous restons, je pense,  assez provinciaux, prisonniers des modes, des tendances, des amitiés, des voisinages, des traditions littéraires. On risque ainsi de rater un bon nombre d’auteurs moins publicisés à cause de leur faible rentabilité en matière de ventes. Des auteurs comme James JoyceMarcel Proust ou Virginia Wolf, qui sont justement les fondateurs de la modernité littéraire, ne pourraient jamais publier de nos jours. D’ailleurs Virginia Wolf elle-même a fondé sa maison d’édition pour publier des textes qui n’avaient pas beaucoup d’appeal pour les éditeurs britanniques à l’époque. Je ne dis pas que ce qu’on publie au Québec et au Canada est mauvais, bien au contraire, sauf que le paysage manque cruellement de diversité. Et par diversité je ne dis pas seulement diversité ethnique mais aussi bien sexuelle ou générationnelle. Il est rare de voir un début à soixante ans, par exemple, ou à vingt ans. Et comme formation, on se fie surtout aux ressortissants des départements de création littéraire, ce qui donne des œuvres bien écrites mais sans trame narrative. Comme vous voyez, il y a beaucoup de lacunes à remplir, des espaces que peu d’éditeurs veulent explorer de ce côté-ci de l’océan. Nous voudrions donner voix aux bons auteurs et rester autant que possible loin du star-system qui domine la littérature tout comme le cinéma.  Allain Robe-Grillet disait qu’un éditeur publie des livres pour faire de l’argent, alors qu’un BON éditeur publie des livres que personne ne lit. Lorsque son roman Les gommes avait été publié dans la décennie cinquante, il s’était vendu à 400 exemplaires dans toute la francophonie. En même temps, la vague du nouveau roman, dont il faisait partie, avait rendu les Éditions de Minuit d’une petite maison débutante dans ce qu’elle est devenue maintenant, une des plus grandes institutions culturelles. Nous ne sommes pas aussi braves pour publier ce que personne ne lit, mais nous espérons cependant faire des découvertes toute aussi intéressantes que le nouveau roman dans les années cinquante.

Comment, selon vous, doit être la relation d’un éditeur avec ses écrivains ?

Pour le moment, mon expérience est assez limitée mais elle a été enrichissante des deux côtés. Si les jeunes écrivains que j’ai accompagnés se sont découverts comme auteurs, moi aussi j’ai appris à devenir éditrice et travailler sur un manuscrit qui n’est pas le mien. Pendant cette démarche, j’ai eu la chance de travailler avec des auteurs qui m’ont fait confiance et ont écouté jusqu’au bout les suggestions de réécriture. Avec les écrivains en général,  la tâche la plus difficile est de les convaincre qu’ils n’ont pas créé l’œuvre parfaite. Leur demander des changements est synonyme pour eux d’un harakiri. Ils faut accepter que les modifications ne sont qu’une chirurgie douloureuse pour le bien-être du corps entier.  Il y a certainement des exceptions à cette règle et nous sommes très ouverts pour publier l’œuvre parfaite, sans avoir à travailler dessus. Cela va nous sauver du temps et de l’argent. Ce que nous espérons fortement est de ne jamais être obligés de faire des concessions et commencer à publier les œuvres des amis, des personnes influentes, des ceux avec connections dans le milieu culturel. C’est cela qui tue l’industrie du livre et aucun éditeur ne peut échapper à ce système de réseautage.  

Quel type d’auteur souhaiteriez-vous avoir dans votre maison d’édition ?

Nous sommes intéressés par la bonne littérature d’abord dans le sens un peu désuet si vous voulez. Nous aimons l’encyclopédisme, l’érudition, l’aventure spirituelle. Nous voulons fouiller dans les communautés ethniques, celles qui n’intéressent pas les autres éditeurs. Pour beaucoup, diversité ethnique veut dire minorité visible, alors qu’il y a une grande diversité ethnique blanche, complètement invisible. Ou sont les auteurs en provenance de la communauté bulgare, tchèque, polonaise, serbe, portugaise, ukrainienne, russe, iranienne, irakienne, syrienne, etc ? Dans le cas d’un écrivain, ce qui fait la différence n’est pas la peau mais la langue, or cela s’avère parfois un défi de taille. Les auteurs qui écrivent en français ou anglais, alors qu’à la maison ils parlent une autre langue, doivent faire face à beaucoup d’obstacles avant d’aboutir à la publication. Face à un tel manuscrit, un éditeur hésite pour des bonnes raison : leur manuscrit nécessite un travail de correction plus poussé et, de plus, la publicité sera entravée par l’accent d’un tel auteur. C’est tout à fait compréhensible, mais cela réduit vraiment les chances des auteurs migrants. Tout aussi désavantagées sont certaines minorités sexuelles comme les travestis ou les gens avec un handicap physique. On accepte les homosexuelles, mais on trouve encore que les queers sont un peu trop forts pour notre goût un peu bourgeois, quoi qu’on dise. Il y a aussi les très jeunes, des gens sortis de nulle part, avec un grand talent mais qui ne font par partie des castes et de groupes littéraires, qui ne se trouvent sous l’aile d’aucun grand écrivain qui ait dirigé sa thèse de maitrise ou de doctorat. En règle générale, on publie les professeurs d’université, les enseignants au collégiale, les journalistes, les gens de l’édition, les traducteurs, les animateurs, et d’autres acteurs de l’industrie du livre. Mais, selon les manuscrits qu’on reçoit, il y a une jeune génération québécoise si talentueuse et si peu visible, aussi peu visible que certaines minorités ethniques.

Quels sont les conseils que vous donneriez à un écrivain qui veut voir son texte accepté ?

Qu’il soit sincère dans son écriture, indifférent aux modes et courants littéraires.  Qu’il lise chaque jour après avoir fini sa période d’écriture. Qu’il soit humble, ouverte à la critique. Qu’il lise d’abord les livres de ceux qui dirigent Hashtag. Publier ce n’est pas tout. Si un auteur vient chez nous, c’est parce qu’il nous fait confiance : il veut publier avec nous parce qu’il nous aime et non pas parce qu’il a été refusé ailleurs. On ne publie pas ce qui est refusé ailleurs, à moins qu’on tombe sur des auteurs qui soient refusés justement parce qu’ils sont trop originaux ou parce qu’ils ne font pas partie des amis de la maison. Le livre peut être mal écrit ou achevé en proportion de 60%. Si on voit le potentiel, on est disposé à travailler avec l’auteur. Ce qu’on bannit chez nous ce sont les idées communes, la banalité, le bavardage, la platitude.

Quel est votre écrivain (e) préféré (e) et pourquoi lui ou elle et pas un (ou une) autre ?

J’en ai une panoplie, mais avec l’âge je me réfère toujours aux classiques qui restent aussi modernes et complexes. J’ai commencé mon apprentissage littéraire sous l’influence deGogolTchekhovGombrowiczKadaréThomas Mann,CervantèsFlaubertHessePaveseFaulknerMillerMailer,Berberova. Depuis mon arrivée au Canada, je me suis spécialisée en littérature postcoloniale où je suis tombée en amour avec des auteurs comme Salman RushdieVS Naipaul,Hanif KureishiZadie Smith. Leurs œuvres font preuve d’une grande complexité toute en ayant un langage simple. On apprend, tout en se divertissant.  

Le livre papier a-t-il encore de la valeur dans un monde hypernumérisant ?

Apparemment, oui. Les dernières études et statistiques montrent que le livre papier est plus en santé que jamais. Après des heures passées devant l’ordinateur ou l’écran du cellulaire, les gens ont vraiment envie de s’étendre au lit avec un livre dont les lignes ne glissent pas devant leurs yeux. La lecture est récemment devenue un moyen de repos contre l’agression cybernétique.

Que pensez-vous de l’autoédition ?

Je ne fais pas trop de confiance à l’autoédition, justement à cause du manque d’esprit critique et de la deuxième opinion. Je connais tellement d’auteurs qui s’auto-publient, mais leurs livres sont tout simplement illisibles. Je ne dis pas que cela ne peut donner de temps en temps de bons livres, sauf que je n’en ai pas encore rencontrés.

Un mot sur les prix littéraires ?

J’ai souvent été membre des jurys pour des prix ou des bourses littéraires, et j’ai toujours agi dans la bonne fois, essayant de ne jamais me laisser influencer par mes goûts littéraires ou mes sympathies personnelles. Je veux espérer que tous ceux et celles qui sont invités pour décider du sort d’un livre gardent en tête qu’on fait un travail pour l’avenir et non pas pour nos amis. Je n’ai pas été souvent déçue par les prix littéraires octroyés au Québec ou au Canada, à quelques exceptions près. Pour cela, je veux espérer que les jurys sont toujours formés des gens compétents et de bonne foi.

13-Est-ce que des écrivains pourront vous envoyer des livres pour traduction aussi ?

Nous ne publions que des œuvres originales, écrites en français. Les traductions se font à partir des œuvres publiées dans d’autres langues et cultures, ainsi que du Canada anglais.

Entretien réalisé par Nathasha Pemba,

Le Sanctuaire de la Culture

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